CITATIONS

Vous trouverez ci-dessous un florilège de citations se rapportant à l'écoute de la musique. Elles révèlent non seulement l'importance mais la richesse apportée par l'art d'écouter.

               

 

  • Quand nous cessons d'écouter, nous cessons d'aimer.
    Michel Bouthot

  • Bien écouter, c'est presque répondre.
    Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux


  • Savoir écouter est un art.
    Épictète


  • Il faut écouter beaucoup et parler peu pour bien agir au gouvernement d'un État.
    Richelieu 


  • La musique est la moitié de mon existence. Chez moi, je ne peux pas travailler sans un fond sonore qui stimule mon activité en me mettant l’esprit et le cœur en dispositions favorables. Si je ne m’étais pas orienté vers la philosophie et l’ethnologie, j’aurais voulu être chef d’orchestre…"
    Claude Lévi-Strauss (Télé 7 Jours, 7 avril 1973)


  • L’écoute musicale est un acte, procédant d’une démarche volontaire, d’une curiosité pour l’autre et qui advient là, devant soi. Elle permet de saisir une forme structurée dans le temps et l’espace, et devient jeu de mémoire fait de souvenirs et d’anticipations. Mais l’écoute comme source de plaisir esthétique ne se réduit pas à une somme de savoir. Et reste une alchimie instable, éphémère et changeante, sans formule à résoudre. Tenter plutôt ici d’en approcher la richesse et la complexité. Une seule évidence peut-être : sans désir, pas d’écoute, et sans écoute, pas de musique.
    Quid ?, Anne Grange présentation du DVD Écoute, un film de Miroslav Sebestik / JBA                  Production/ Arte Vidéo.


  • Une écoute musicale sérieuse, vraie, passe d’abord par l’oubli de soi et par la tension vers l’autre, c'est-à-dire, vers le texte musical dans une relation qui n’est pas sans rappeler, pour moi, la relation amoureuse.
    Michel Fano in DVD
    Écoute, un film de Miroslav Sebestik / JBA Production/ Arte Vidéo.


  • Écouter une œuvre musicale n’est pas seulement en suivre le déroulement linéaire, suivre la succession d’événements sonores dans le temps. C’est aussi d’une certaine manière, les organiser en une forme et c’est à ce moment-là qu’intervient quelque chose qui n’est plus de la mémoire immédiate, mais qui fait partie des processus de la mémoire à long terme et qui permet de hiérarchiser certains événements par rapport à d’autres, et ainsi d’arriver à faire que la forme sonore bien qu’elle se déroule dans le temps, soit perçue comme une forme qui a une unité, qui est présente. Au fond, on pourrait dire que l’écoute musicale consiste à réduire la durée à un présent…

        Michel Imberty, in DVD Écoute, un film de Miroslav Sebestik / JBA Production/ Arte Vidéo


  • La musique est une langue qu’on ne saurait parler sans génie, mais qu’on ne saurait entendre non plus sans un goût délicat, sans des organes exquis et exercés.
    Chamfort,
    Maximes, XXIX


  • Dans la musique, comme dans la peinture et même dans la parole écrite, qui est cependant le plus positif des arts, il y a toujours une lacune complétée par l’imagination de l’auditeur

        Baudelaire, L’Art romantique, Richard Wagner, XX,I

 

  • La musique est un langage parfaitement clair en lui-même et il ne faut pas essayer d’y annexer quoi que ce soit d’autre, donc une fois admis le principe que la musique n’offre aucune certitude, pourquoi lui demander qu’elle exprime des idées, qu’elle figure des objets, etc. Toute œuvre musicale devient multiforme et provoque selon chaque individu une foule de représentations, mais celles-ci n’ont rien à voir avec son essence propre. Écouter la musique n’a en effet rien à voir avec le fait de rêver ce qu’elle nous suggère, car à ce moment-là, toute attention est détournée … »
    Jean Witold Musicothérapie p. 86


  • L’âme reçoit les plus infimes harmonies et intervalles par l’oreille. Par ces images, elle est amenée à se souvenir et invitée à méditer sur cette musique divine avec le secours d’une sensibilité subtile et pénétrante. Dans les ténèbres de sa captivité corporelle, notre âme a besoin des oreilles, comme si celles-ci étaient des ambassadrices. Et ainsi elle reçoit les images de la musique sans pareille. »
    Marsilio Ficino, in CD Utopia Triumphans



  • On vit, on pense, on souffre, on est ému par le regard. Celui qui sait sentir par l’œil éprouve, à contempler les choses et les êtres, la même jouissance aigue, raffinée et profonde, que l’homme à l’oreille délicate et nerveuse dont la musique ravage le cœur.
    Guy de Maupassant


  • Les hommes déprécient ce qu’ils ne peuvent comprendre.
    Goethe

  • Parler est un besoin, écouter est un art.
    Goethe


  • L’âme est invitée par la musique, à se reconnaître dans le corps.
    Claude Levi-Strauss,
    Mythologiques, vol IV : L’homme nu, Paris, Plon, 1971.


  • Le jeu de la reconnaissance, les perspectives de l’écoute, voilà qui fait le prix et la réussite d’une œuvre, qui crée en nous à la fois le sentiment d’une vérité immédiate et d’une vérité enfouie plus profondément, que nous ne sommes pas sûrs de saisir dans sa totalité.
    Pierre Boulez,
    L’Écriture du musicien : le regard du sourd in Regards sur autrui, Christian Bourgois Éditeur, 2005, p. 287


  • Écouter, c’est entendre avec la pensée.
    Daniel Barenboim


  • L’art de la musique sous-entend un art d’écouter, pour le public, qui correspond à un art de créer et d’exécuter, pour le compositeur et l’interprète. […] L’art de la musique ne saurait être qu’instinctif, pas plus chez le créateur que chez celui qui écoute. Contrairement à ce que bien des gens croient, l’auditeur ne saurait être absolument passif.
    Guy Bernard,
    L’Art de la musique, Seghers 1960. P. 30.


  • Pourquoi écoute-ton avec plus de plaisir ceux qui chantent des morceaux de musique que l’on se trouve connaître à l’avance, que des morceaux inconnus ? Serait-ce que l’intention du compositeur est, en quelque sorte, plus facile à saisir lorsque l’on connaît le morceau chanté et que l’on se plaît à en être l’auditeur, ou bien parce qu’il est agréable d’apprendre ce morceau ?

        Or, la cause de ce double plaisir, c’est que, dans ce dernier cas, on acquiert la science, puis, que l’on s’en sert et          que l’on reconnaît ce que l’on a appris ; de plus, ce qui nous est familier est plus agréable que ce qui ne                      l’est pas.
       
Problèmes musicaux d’Aristote, Trad. Ch. Em. Ruelle Firmin-Didot,1891.


  • Pour jouir pleinement de la musique, il faut être dans un pur abandon de soi-même, et pour en juger, c’est au principe par lequel on est affecté qu’il faut s’en rapporter. Ce principe est la nature même, c’est d’elle que nous tenons ce sentiment qui nous meut dans toutes nos opérations musicales, elle nous en fait un don qu’on peut appeler instinct : consultons-la donc dans nos jugements, voyons comment elle nous développe ses mystères avant que de prononcer : et s’il se trouve encore des hommes assez pleins d’eux-mêmes pour oser en décider de leur propre autorité, il y a lieu d’espérer qu’il ne s’en trouvera plus d’assez faibles pour les écouter. Un esprit préoccupé, en entendant la musique, n’est jamais dans une situation assez libre pour en juger.
    Jean-Philippe Rameau,
    Préface à Observations sur notre instinct pour la musique et sur son principe, Prault, Paris, 1754.


  • Pour jouir pleinement de la musique, il faut être dans un pur abandon de soi-même. Un esprit préoccupé en entendant de la musique n’est jamais dans une situation assez libre pour en juger.

        Jean- Philippe Rameau, Observations sur notre instinct pour la musique et sur son principe, Paris, 1754.


  •  En premier lieu, évoquer le plaisir musical invite à s'interroger sur la perception, sur les mécanismes physiologiques de la mémoire et de l'intelligence musicale. Par quels biais décrypter, dans le plaisir sensible de l'audition, la part des phénomènes de réminiscence, de repérage ou d'identification ? Sur quels critères dissocier le plaisir de l'amateur de celui du connaisseur, la perception immédiate de l'attention agissante ? Comment s'articulent plaisir sensible et plaisir réflexif à l'écoute d'une voix, d'un luth improvisant ou dans l'expérience même de l'interprète ? Quels liens établir entre, d'une part, les critères physiques du son, si variables en fonction des répertoires, des genres et des lieux, et, d'autre part, un éventail de manifestations physiologiques allant de la délectation à la douleur ?
    Colloque
    Le Plaisir musical en France au XVIIe siècle, Dijon, Université de Bourgogne, 23-25 octobre 2003.

 

  • La musique est un cas fort singulier. La littérature instruit, l’architecture s’habite, la peinture meuble. Dans les arts les plus désintéressés, il reste quelque chose de fonctionnel. Or le concert des premières auditions convoque une société pour un langage qu’elle ne saurait comprendre et une satisfaction improbable. Non que la société ne soit ouverte ou avertie, mais parce que telle est la donnée linguistique du musical qu’il faut d’abord l’entendre sans comprendre, et se mettre à plusieurs pour cela. N’est-ce pas intéressant ?
    Pierre Schaeffer,
    Traité des objets musicaux, Seuil, 1966, p. 644-645.

  • On rencontre souvent cette phrase « J’ai besoin d’entendre cela plusieurs fois…Rien n’est plus faux. Quand on entend bien la musique, on entend tout de suite ce qu’il faut entendre. Le reste n’est qu’une affaire de milieu, ou d’influence extérieure.
    Claude Debussy,
    Revue musicale S.I.M., décembre1912, p. 52.


  • La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence.
    Miles Davis


  • La musique existe partout et toujours, c’est seulement l’écoute qui est intermittente.
    Henri David Thoreau 


  • Le savoir occidental tente, depuis vingt-cinq siècles, de voir le monde. Il n’a pas compris que le monde ne se regarde pas, qu’il s’entend. Il ne se lit pas, il s’écoute.
    Jacques Attali,
    Bruits, Fayard, 2001.


  • Il y a bien plus de langages qu’on ne l’imagine ; et l’homme se trahit bien plus souvent qu’il ne le souhaiterait. Tout parle ! Mais bien peu savent écouter, de telle sorte que l’homme […] déverse ses confessions dans le vide ; il gaspille ses « vérités » comme le soleil ses confessions dans le vide. N’est-il pas dommage que l’espace vide n’ait point d’oreille
    Nietzsche,
    Fragments posthumes, 1983. Voir Écoute Nietzsche Énigmes de l’écoute p. 201


  • Elle (L’écoute) est, sinon rebelle, au moins irréductible, c’est une attente et une attention, elle a une épaisseur propre, elle est toujours aussi, au moins en partie, un imprévu : elle dépend de tout, des moments et des genres, des lieux et des gens, et avant cela des moyens, des supports, des formats inventés pour produire et diffuser de la musique. Elle est le dispositif d’ensemble et l’ensemble des dispositions qui permettent, à un instant donné, de faire surgir de cette activité une série d’effets, de sensations, de plaisirs ou d’émotions. Elle n’est pas pour autant un art du seul instant présent, bien au contraire. Ces effets sont toujours incertains mais ils n’ont rien d’immédiat, ils supposent une préparation.
    Antoine Hennion,
    L’écoute à la question, Revue de musicologie, 88/1, 2002, p. 148.


  • Percevoir c’est se souvenir.
    Henri Bergson


  • Pour Goethe, n'est plus musique « celle qui par sa puissance despotique paralyse l'auditeur et le prive de son pouvoir d'imagination. C'est précisément l'équilibre des fonctions de l'artiste et de l'auditeur qui caractérise l'attitude classique.
    Friedrich Blume.


  • Car la musique est art du temps à plus d’un titre : parce qu’elle se déploie dans cette succession au nom de laquelle Vinci la vouait à l’éphémère de la perception auditive, parce qu’elle existe dans le temps de l’histoire qui l’oublie, la ressuscite, l’adule ou la rejette, dans le temps affectif de celui qui l’écoute et du souvenir duquel elle s’empare aussi, par intermittence.
    Marie-Anne Lescourret in
    Les Éléments du génie, La musique depuis 1945, sous la direction Hugues Dufourt et Joël-Marie Fauquet, Mardaga, 1996, p. 77.


  • La première audition, en musique, est rarement la bonne : on découvre mieux ce qu'on connaît déjà.
    André Comte-Sponville, entretien sur la musique in
    Resmusica


  • En utilisant nos yeux comme s'ils étaient nos oreilles, nous nous donnerons un peu d'air et de lumière dans le discours étroit et les définitions confinées aux pratiques sonores.
    David Topp, « Notes préliminaires à une histoire de l'écoute », in Art Press 2
    L'Art des sons, n° 15 novembre 2009 - janvier 2010, p. 13 traduction de François J. Bonnet.


  • Entendre est un phénomène physiologique ; écouter est un acte psychologique.
    Roland Barthes,
    L'Obvie et l'obtus, Écoute. p. 217.

 

  • Dans le cadre de l'écoute, l'enjeu est simple, : il s'agit de faire de l'ineffable un dicible et du fugace une permanence. Le son, de lui-même, toujours s'échappe. En le visant, en réifiant, en l'identifiant, en désignant et en le qualifiant, bref, en l'introduisant au monde des discours, on le fige, on l'ancre.
    François J. Bonnet,
    Les Mots et les sons, un archipel sonore, Éd. de l'éclat, 2012. p. 139.


  • J'ai l'impression de ne jamais donner suffisamment à ceux qui viennent écouter un concert. Je ne joue pas pour le public : je joue avec lui. Dans la salle de concert, il n'y a pas les musiciens d'un côté et les auditeurs de l'autre, mais des hommes et des femmes, réunis tous ensemble pour partager l'insondable mystère de la musique. Ils ne pourraient rien les uns sans les autres. Confondus dans la même célébration, soulevés par le même élan, ils peuvent tout : dire l'indicible, entendre l'inaudible, bref, aller au cœur des choses que rien, jamais, ne nous expliquera.
    Carlo Maria Giulini in Jean-Yves Bras,
    Carlo Maria Giulini, Bleu nuit éditeur 2006, p. 113.

 

  • La propagation de la musique par des moyens mécaniques, comme par exemple le disque, et sa diffusion par la radio, ces formidables conquêtes de la science, qui ont toutes les chances de s'élargir encore davantage, méritent quant à leur importance et leurs effets dans le domaine de la musique un examen des plus attentifs. Évidemment, la possibilité pour les auteurs et les exécutants d'atteindre les grandes masses, et la facilité pour celles-ci de prendre connaissance des œuvres musicales constituent un avantage indiscutable. Mais il ne faut pas se dissimuler que cet avantage présente en même temps un grand danger. Autrefois un Jean Sébastien Bach était obligé de faire dix lieues à pied pour aller dans une ville voisine entendre Buxtehude dans ses œuvres. Aujourd'hui l'habitant de n'importe quel pays n'a qu'à tourner un bouton ou faire marcher un disque pour obtenir l'audition d'une pièce de son choix. Eh bien ! c'est précisément dans cette facilité inouïe, dans cette absence de tout effort que siège le vice de ce soi-disant progrès. Car dans la musique, plus que dans toute autre branche de l'art, la compréhension n'est donnée qu'à ceux qui y apportent un effort actif. La réception passive ne suffit pas. [...] L'absence d'un effort actif de leur part et le goût qu'ils prennent à cette facilité rendent les gens paresseux. Ils n'ont plus besoin de se déplacer comme Bach ; la radio les en dispense. Ils ne se trouvent pas non plus dans la nécessité absolue de faire eux-mêmes de la musique et de perdre leur temps à étudier un instrument pour connaître la littérature musicale. la radio et le disque s'en chargent. Ainsi les facultés actives, sans la participation desquelles on ne saurait s'assimiler la musique, s'atrophient peu à peu chez l'auditeur à force de ne plus être exercées.
    Igor Stravinski,
    Chroniques de ma vie, Denoël et Steele, , Paris, 1935.


  • Je n'ai pas d'intentions précises vis-à-vis de l'auditeur, je ne veux pas manipuler, j'essaie de montrer quelque chose. C'est en fin de compte dans la tête de l'auditeur que se produit la musique, et ce qu'il y a de merveilleux, c'est que je ne peux contrôler cela par aucun moyen, que la musique est quelque chose d'infiniment ouvert, comparable à un langage, qui permet à l'auditeur d'utiliser ce qu'il entend aussi librement qu'il le désire. Dans le cas de la littérature, le rapport entre auteur et public implique beaucoup plus vite des subtilités. La musique est au contraire et paradoxalement une forme de possibilités dont la cohérence est subversive.

        Johannes Schöllhorn, entretien avec Martin Kaltenecker, CD AEON AECD0863.


  • La musique ne nous raconte, en définitive, d'autre histoire que la sienne. Croire qu'on a compris la musique parce qu'on a deviné l'histoire qui s'inscrit en marge de son développement, c'est à peu près comme si l'on imaginait qu'on connaît la géologie parce qu'on s'est avisé qu'un rocher revêtait l'apparence d'un chameau.
    Roland-Manuel in Bernard Gavoty - Daniel-Lesur,
    Pour ou contre la musique contemporaine ? Flammarion, 1957, p. 280.


  • [...] J'ai toujours eu en horreur d'écouter la musique les yeux fermés, sans une part active de l'œil. La vue du geste et du mouvement des différentes parties du corps qui la produisent est une nécessité essentielle pour la saisir dans toutes son ampleur. C'est que toute musique créée ou composée exige encore un moyen d'extériorisation pour être perçue par l'auditeur. Autrement dit, elle a besoin d'un intermédiaire, d'un exécutant. Si c'est là une condition inévitable, sans laquelle la musique ne peut arriver jusqu'à nous, pourquoi vouloir l'ignorer ou tâcher de l'ignorer, pourquoi fermer les yeux sur ce fait qui est dans la nature même de l'art musical ? Évidemment, on préfère souvent détourner les yeux ou les fermer quand une gesticulation superflue de l'exécutant vous empêche de concentrer votre attention auditive. Mais si ces gestes sont provoqués uniquement par les exigences de la musique et ne tendent pas à impressionner l'auditeur par des moyens extra-artistiques, pourquoi ne pas suivre des yeux des mouvements, qui, comme ceux des bras du timbalier, du violon, du trombone, vous facilitent la perception auditive ? A la vérité, ceux qui prétendent ne jouir pleinement de la musique que les yeux fermés ne l'entendent pas mieux qu'en ayant les yeux ouverts, mais l'absence de distractions visuelles leur donne la possibilité de s'adonner à des rêvasseries sous le bercement des sons et c'est là ce qu'ils aiment bien mieux que la musique elle-même.
    Igor Stravinski,
    Chroniques de ma vie, Première partie. 1935 rééd. 1962. Denoël. P. 91-92.


  • Enfin, rien n'est moins émotionnant que la Musique, surtout maintenant, et il me semble que sans aller jusqu'au fait divers, sanglant, ou au roman, on pourrait trouver quelque chose. Il est même inutile que la Musique fasse penser ! (C'est trop souvent ridicule le coin de pensée que les gens réservent à cet exercice, même les plus avertis) il suffirait que la Musique force les gens à écouter, malgré eux, malgré leurs petits tracas quotidiens et qu'ils soient incapables de formuler n'importe quoi ressemblant à une opinion, il faudrait qu'ils ne soient plus libres de reconnaître leurs faces grises et fades, qu'ils pensent avoir rêver un moment, d'un pays chimérique et par conséquent introuvable.
    Claude Debussy,
    Correspondance, 1872- 1918, Gallimard, NRF, 2005, p. 586. Lettre à Paul Dukas du 11 févier 1901.


  • On parle aussi volontiers de « nouvelle écoute ». Laissons cela de côté. Ou alors, il faudrait généraliser cette notion d'écoute et renverser le problème. L'écoute musicale est loin d'être constante dans l'histoire de la perception de la musique. Elle en est même l'une des variables. Qui pourra nier qu'entre le courtisan spectateur de Lully, et le pèlerin de Bayreuth il y a autant et plus de distance qu'entre l'auditeur viennois des symphonies de Beethoven et celui des concerts actuels ? Les modes de consommation de la musique - il s'agit bien de cela - entraînent autant de modes d'écoute différents et la seule originalité de notre époque est la multiplicité ahurissante de ces modes de consommation. L'oreille est donc aussi peu préparée que possible - puisqu'on la sollicite continuellement - à saisir un message qui appréhende à travers elle toutes les facultés de l'imagination et de la mémoire. S'il y a nécessité d'une nouvelle écoute, c'est qu'il faut d'abord redécouvrir l'écoute, c'est-à-dire l'ouïe en tant que sens privilégié de la connaissance. Il est paradoxal que cette époque soit aussi liée - économiquement mais aussi techniquement - à des médiations simplificatrices ou distordantes de la transmission musicale (on peut bien entendre un orchestre de quatre-vingt musiciens à travers un haut-parleur !) qu'attachée à la réalisation d'intuitions auditives et intellectuelles complexes, que seul, un grand développement de l'oreille naturelle (pluri-directionnelle) peut logiquement permettre d'appréhender.
    Gilbert Amy,
    D'un espace déployé, textes réunis et présentés par Pierre Michel, Millénaire III, 2002, p. 148.


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