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FORMES
(structure - écriture)
« La forme, c'est la manière dont une œuvre s'efforce d'atteindre l'unité » André Hodeir1

Vous connaissez quelques formes de la poésie : le sonnet, la ballade... La musique, elle aussi, a des formes (plus ou moins fixes) auxquelles les compositeurs se sont souvent référés afin de faciliter l'écoute à l'auditeur, car l'outil indispensable d'une écoute active est la mémoire. Les compositeurs ont donc aidé leurs auditeurs en écrivant des œuvres dont l'assemblage de certains éléments repérables (d'ordre thématique le plus souvent) déterminent une structure. Avec le temps, certaines de ces structures se sont imposées devenant des formes définies. Le type d'écriture peut également définir une forme telle la fugue, le choral, le récitatif...
Toutefois, ces formes ont évolué dans le temps, au gré des styles et du génie de chaque compositeur. Encore un mot, pour distinguer la forme du genre car l'un et l'autre parfois se confondent. Exemple : la forme sonate a une structure particulière qui ne s'applique le plus souvent qu'au premier mouvement des trois ou quatre mouvements du genre de la sonate.
Vous trouverez ci-après les formes les plus courantes (1).
Les musicologues ont pris pour habitude de nommer les différentes sections d'une composition par les lettres A B C...  Ici R = refrain, C = couplet

 Structure

Forme Note Exemples
AA ; BB Binaire On la trouve principalement aux XVIIe et XVIIIe siècles dans la suite instrumentale. A, répété deux fois, va de la tonalité principale à la tonalité de la dominante et B, répété deux fois, évolue de la tonalité de la dominante à la tonalité principale. Avec le temps, on observe un bref retour de A en conclusion.
Formes apparentées :
Prélude et fugue
Nombreuses danses en deux sections chacune d'elles étant données deux fois : l'allemande, la courante, la sarabande, la gigue
 

 ABA

Ternaire
Aria da capo

Une des formes - vocales à l'origine - les plus courantes début XVIIIe siècle, qui s'impose par son équilibre, sa symétrie.
Il existe des variantes du type ABA' où A' était à l'origine bien souvent laissé à la libre ornementation du chanteur ou de l'instrumentiste improvisateur sauf dans la musique sacrée.
Formes apparentées :
l'Ouverture à la française de tempo lent-vif-lent : A de rythme binaire adopte souvent un rythme solennel (croche pointée- double croche), B est un fugato vif de rythme ternaire, retour à A (souvent non repris auquel cas il s'agit d'une forme binaire).
L'Ouverture à l'italienne de tempo allegro-andante-presto appelée aussi Sinfonia
Le menuet ou le scherzo adoptent une forme ternaire ou B constitue la partie centrale appelée Trio. L'impromptu romantique est souvent de type ABA.
Le
Menuet à trois temps figure au XVIIIe siècle en troisième mouvement de la symphonie, dans les oeuvres de musique de chambre de la sonate ou du quatuor à cordes et au-delà. Il adopte la structure ternaire avec en partie centrale une section appelée trio de formation souvent réduite aux vents et parfois de caractère populaire. Beethoven remplacera le menuet par le Scherzo à partir de la Symphonie n° 2 (1802).  

 Bach : Concert Brandebourgeois n° 4 premier mvt

Lully : Armide, Ouverture à la française (A[BA'B]A)
J. S. Bach : Ouverture dans le style français
BWV 831 (lent vif lent) jusqu'à 7'18
Vivaldi : Sinfonia pour cordes RV 149 (vif-lent-vif)
Mozart : L'Enlèvement au sérail, ouverture à l'italienne (vif lent vif)
Beethoven : Symphonie n° 9 scherzo

Chopin Scherzo n° 2 op. 31
0'28 = Thème A
2'  = A'
3'34 = B Trio
5'27 = B'
7'05 pont cadentiel
8'26 = A
9'57 = cadence

ABA' Ternaire
Forme lied
Forme proche de la précédente mais où A' est totalement écrit par le compositeur. Mouvements lents de sonate, de symphonie
ABACA Romance A la place de la forme lied, la forme romance tient lieu de mouvement lent. Ses différentes parties sont en général unies de ton. La Romance peut aussi constituer un genre vocale ou instrumental concertant. => Genres  
AB aA ab AB Rondeau médiéval Une forme qui combine étroitement le texte et la musique : majuscule = musique et texte identiques ; minuscule = même musique mais texte différent.=> Genres  
ABACADA... Rondo Alternance Refrain /Couplet : forme populaire de nombreux finales de symphonies, concertos, sonates, quatuors... et chansons.
En général, le refrain est exposé au ton principal alors que les couplets explorent les tons voisins, s'efforçant d'offrir des contrastes mélodiques, rythmiques, harmoniques, de timbres.
François Couperin : les Barricades mystérieuses
Haydn : Symphonie n° 96, finale presto
0 'Refrain ;
1'08 = Couplet 1 
1'41 = Refrain
1'50 = Couplet 2
2'12 = Refrain
2'47 = Coda
ou encore Beethoven : Concerto n° 3 pour piano, Rondo
ABACABA
Rondo-sonate Comme son nom l'indique associe la forme rondo et la forme sonate en traitant le refrain et le couplet comme deux thèmes.
- Refrain fait figure de premier Thème
- Couplet 1 fait figure de second thème présenté à un ton voisin
- Refrain développé ou non
- Couplet 2 nouveau ou refrain développé
- Refrain
- Couplet 1 dans la tonalité du Refrain
- Refrain de type coda.
Haydn Symphonie n° 98, finale presto
Rondo-sonate avec 3 couplets
0' = Refrain Thème 1 avec reprises
1'18 = couplet 1 Thème 2
2'02 = Refrain de 8 mesures seulement
2'12 = Couplet 2 ut mineur (développement)
3'09 = Refrain sans reprises en ut mineur
3'50 = Couplet 3 réexposition de type coda interrompue par pizzicato puis points d'orgue avant coda
ABCB'A' en arche
Brückenform
Structure (à peu près) symétrique autour d'un pôle central. Bartók : Musique pour cordes percussions et célesta, Mvt 3
A à 0'26 à 1'45 ; B 2'04 à 2'52 ; C 3'12 à 4'34 ; B' 4'42 à 5'32
A' 5'43 à fin.
Les brèves transitions entre chacune des sections sont empruntées à la fugue du premier mouvement.
Libre Durchkomponiert Forme libre inclassable car liée au récit comme dans le lied : composition continue de caractère narratif.
Une des difficultés de la musique contemporaine réside dans ce non retour qui ne permet pas à l'auditeur de saisir les repères nécessaires à la compréhension du discours musical.
Lieder, Poème symphonique
Schubert : Erlkönig  forme libre suivant le texte de Goethe
AB développement AB Allegro de Sonate ou
forme sonate
Il faut ici bien distinguer la forme sonate du genre sonate. La forme sonate ne touche en général que le premier mouvement allegro de plusieurs genres : la sonate elle-même mais aussi bien la symphonie ou le concerto. Toutes les sonates n'adoptent donc pas la structure sonate.
La structure basique s'établit sur deux thèmes de caractère opposé :
- A dans la tonalité principale
- pont de liaison
- B dans une tonalité voisine : souvent relatif mineur, dominante majeure
- Développement modulant sur A et B
- Réexposition sur A et B dans la tonalité principale
- Coda.
La forme sonate a trouvé son apogée à l'époque classique mais subira par la suite de multiples variantes et enrichissements : forme sonate à 3 thèmes,
A A1 A2 A3 A4 A5 A6 etc. Variations Forme instrumentale où un thème est soumis à divers procédés d'écriture : ornementation, harmonie, rythme, timbre, contrepoint, tempo, etc. Beethoven : Symphonie n° 43 «Héroïque » : finale
 
A repris dans les différents mouvements Cyclique Concerne la structure globale d'une œuvre. On parle de forme cyclique lorsqu'un thème revient périodiquement dans plusieurs mouvements. Berlioz : Thème de l'idée fixe  dans la Symphonie fantastique. à 1'03
Franck :
Sonate pour violon et piano ; Symphonie en ré mineur
Écriture stricte mais libre exécution Ouverte Hasard au niveau de l'exécution.
A partir d'une écriture stricte, les éléments sont soumis au hasard et au choix de chaque interprète : la forme est déstructurée car différente à chaque exécution.
Stockhausen : Klavierstucke XI  A propos de cette pièce, il a été calculé qu'il y avait 121 645 100 milliards d'exécutions différentes possibles dont la durée d'exécution serait de 231 282 037 siècles.
Boulez : Sonate n° 3 pour piano
Hasard appliqué au niveau de l'écriture  Aléatoire Hasard au niveau de la composition.
Le caractère indéterminé de la forme appartient à l'écriture elle-même, souvent limitée à des
symboles graphiques, ou simplement un mode d'emploi des divers matériaux à « mettre en œuvre ».
Cage : Music of changes (commentaire ici) ou 4'33 (commentaire ici )
AA'B Blues Le blues répond généralement à une structure précise selon un schéma AA'B réparti en une séquence de 12 mesures - trois phrases de quatre - et fondée sur 3 accords (tonique, sous-dominante - dominante. L'altération des 3e et 7e degrés  (blue notes) de la gamme diatonique (do, ré, mib, fa, sol, la sib, do)  lui donne sa couleur expressive et modale. Ce canevas accorde des extensions à 16 voire 32 mesures, mais il constitue une référence reprise par de nombreux jazzmen, en dehors même du genre Blues. John Lee Hoocker : Hobo Blues

 

Écriture
Type Notes Exemples
Contrapuntique
écriture où les parties (vocales ou instrumentales) se combinent horizontalement
Canon Composition vocale ou instrumentale dans laquelle les parties identiques interviennent avec un certain décalage. C'est un procédé d'imitation principalement utilisé dans la polyphonie vocale au XVe et XVIe siècles. L'imitation peut être simple à mouvement direct mais aussi à mouvement contraire (intervalles renversés), rétrograde (à l'envers) ou procédant par augmentation ou diminution du rythme du thème initial.
Formes apparentées : la rota, la caccia, le round, le catch
L'exemple le plus populaire du canon est celui de Frère Jacques .
Fichier:YB4001Canon Frere Jacques.png
C'est une forme plus élaborée chez les musiciens baroques (Bach, Haendel...) :  le canon à trois voix sur une basse obstinée de Johann Pachelbel étant le plus connu. Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Reger... écriront encore des oeuvres se réclamant de la forme canonique, principe repris également par les compositeur de musique atonale et sérielle. Anton Webern : 5 Canons op. 16
Fugue
Fugato
Il convient de distinguer le genre fugue de la forme fugue.
Issu du ricercare, la fugue est un type d'écriture (vocale ou instrumentale) dans laquelle les voix ou sujets ( de 2 à 4 le plus souvent) entrent successivement selon un principe d'imitation aux règles bien définies. Elle comprend généralement :
1 - Exposition comprenant l'entrée successive des voix :
       la voix 1 (ou sujet) dans la tonalité principale vers la quinte
       la voix 2 (ou réponse) transposée à la dominante revient vers la tonique    
       pendant que la voix 1 fait entendre un contre-sujet
       la voix 3 retour au sujet 1
       la voix 4 retour à la voix 2
L'entrée des voix est variable quant à la tessiture : par exemple Voix 1au soprano, voix 2 au ténor, voix 3 à l' alto, voix 4 à la basse.
2 - Divertissements contrapuntiques sur un fragment sur sujet ou du contre-sujet. Le dernier divertissement s'établit souvent sur une pédale de dominante tenue à la basse.
3 - Strette : les voix entrent successivement mais à un intervalle de temps très court.
Divers procédés sont utilisés dans l'écriture d'un fugato :
- écriture par mouvement contraire : à un intervalle montant du sujet correspond un intervalle descendant de la réponse.
- mouvement rythmique en augmentation ou en diminution : la réponse adopte un rythme deux fois plus rapide ou plus lent que le sujet.
- écriture en miroir accessible exclusivement au lecteur de la partition :
Écriture apparentée : fugato (section d'une œuvre qui utilise le principe d'entrées successives à la manière de l'exposition d'une fugue) comme dans la partie centrale de l'Ouverture à la française, par exemple.
Jean Sébastien Bach est le maître de la fugue notamment dans les deux livres du Clavier bien tempéré (1722-1744)
Consultez analyse de la Fugue n° 16 en sol mineur à 4 voix du Clavier bien tempéré, livre
I
L'Art de la fugue BWV 1080 (1742-1750)
Analyse du Contrapunctus 1 ou Première contrefugue
Glenn Gould talks about So you want to write a fuge et So you want to write a fugue
Basse obstinée
Ostinato
Chaconne
Passacaille
La basse obstinée est un motif mélodique de quelques mesures constamment répété donnant prétexte à une série de variations. Il existe deux types de basse obstinée. La première est préexistante provenant le plus souvent d'une chanson ou d'une danse : c'est le cas du ruggiero, de la folia, de la romanesca, la seconde est créée par le compositeur lui-même comme dans la chaconne, la passacaille ou le ground.
La chaconne et la passacaille, toutes deux d'origine espagnole, partagent donc ce même procédé d'écriture dans leur forme la plus courante.
Chaconne et passacaille sont généralement à 3 temps sur un thème de 4 ou 8 mesures. La distinction entre la passacaille et la chaconne tient dans le fait que le thème de la passacaille est régulièrement exposé à la basse alors que dans la chaconne il peut être traité plus librement apparaissant à des voix différentes, pouvant être harmonisé, etc.
Écriture apparentée : Le ground en Angleterre, le ruggiero, la folia, la romanesca d'origine italienne. Voir genres correspondants
=>Jean Sébastien Bach :  Passacaille et fugue en ut mineur pour orgue BWV 582 (1717).


Écouter le thème à la basse exposé 20 fois
=> Compositeurs variés : Ostinatos divers
= > Henry Purcell : Chaconne en sol mineur Z 730
=> Jean Sébastien Bach : Chaconne en ré mineur pour violon BWV 1004
=>
Luigi Boccherini : La Musica Notturna delle strade di Madrid op. 30 n° 6 (1780) à 7'55
=> Johannes Brahms : Symphonie n° 4 finale op. 98 (1885)
Sans que Brahms l'ait expressément indiqué, il s'agit d'une chaconne dont le thème de huit mesures est emprunté à la Cantate BWV 150 de J. S. Bach.


Repérer le thème de la chaconne au cours des 30 variations de 8 mesures chacune
Récitatif













Sprechgesang
Le récitatif fait avancer l'action alors que l'air ou le chœur la commentent. C'est une forme vocale déclamée proche du parlé dont l'écriture est réduite à une voix (ou un dialogue) chantée avec un accompagnement rudimentaire confié généralement à une basse continue (clavecin + violoncelle) = récitatif secco souvent débité assez rapidement (ex. Mozart). On distingue le récitatif secco (ex Mozart) du récitatif accompagné où l'orchestre (les cordes bien souvent) tient des accords et intervient parfois pour souligner certains accents du texte. L'Arioso, plus mélodique, est à mi-chemin entre le récitatif et l'aria. Wagner, Moussorgski, Debussy... ont amplifié le principe dans le récitatif continu où le découpage récitatif/air est abandonné : on parle aussi bien alors de mélodie continue.

Écriture apparentée : Récitatif instrumental lorsqu'un instrument présente un caractère déclamatoire
Apparenté au récitatif, le sprechgesang est un parlé-chanté instauré par Arnold Schoenberg dans son Pierrot lunaire (1912) « à mi-chemin entre une récitation parlée très emphatique et un chant véritable ». Berg reprendra le principe dans son opéra Wozzeck (prière de Marie)
arie)
Musique mesurée à l'antique   C'est un type d'écriture pratiqué au XVIe siècle consistant à appliquer la rythmique greco-latine aux vers français. Le poète Jean-Antoine de Baïf  et le compositeur Joachim Thibault de Courville fondèrent en 1570 l'Académie de musique et de poésie dans le but d'unir étroitement (en particulier sur le plan rythmique) poésie et musique : syllabes longues = notes tenues ; syllabes brèves = notes courtes. À la métrique des vers correspond le rythme musical. Suivant Platon, la musique est donc soumise au texte. Le sens de celui-ci s'en trouve clarifié aussi la musique mesurée à l'antique est-elle le plus souvent homophone à l'inverse du contrepoint complexe dénoncé au même moment par le Concile de Trente (1545-1563). Les poètes de la Pléiade réclamaient pour leurs vers  « une diction qui soit un chant ». Cette réaction en faveur du texte aura une incidence sur l'air de cour* et la naissance de l'opéra* à la fin du siècle en Italie. Le Jeune : Recevi venir du printemps
rechant sur le rythme
harmonique
écriture où les parties (vocales ou instrumentales) se superposent sous forme d'enchaînement d'accords verticaux
Choral En réaction contre la complexité de la polyphonie et l'usage du latin dans la liturgie catholique, le choral est le cantique de l'église luthérienne. En tant que forme, c'est donc un chant liturgique harmonisé à quatre voix sur des paroles en allemand. Le thème est emprunté au chant grégorien, adapté d'une chanson profane ou une création originale. On trouve des chorals en dehors de la liturgie dans les cantates, oratorios, passions. Aux XIXe et XXe siècles, on y fait référence dans des œuvres symphoniques et instrumentales de telle sorte que le choral est traité aussi comme un genre.
Écriture apparentée : choral pour orgue

J. S. Bach : Passion selon Saint Matthieu : n° 10 Choral Ich  Ich bin's, ich  sollte büssen à 6'33

Marche
d'harmonie
Une marche d'harmonie ou marche harmonique consiste dans la reproduction par paliers successifs d'une formule harmonique ou mélodique. Cette progression procède par mouvement supérieur ou inférieur. Elle peut être tonale ou modulante. La première est très utilisée dans la musique baroque à titre décoratif, ornemental, comme un écho du modèle. La seconde, plus récente, est utilisée plutôt à des fins expressives. J. S. Bach : Messe en si - Et Resurrexit marche harmonique ascendante à 0'49 marche harmonique descendante à 1'10 et suivant.
G. Fauré : Nocturne n° 5 op. 37 de 4'20 à 4'30

 

(1)Pour plus de détails, consultez le Guide des formes de la musique occidentale de Claude Abromont et Eugène Montalembert, Fayard . Henry Lemoine, 2010, un ouvrage de référence sur se sujet. Plus modeste, mais suffisant pour l'amateur, Les Formes de la musique d'André Hodeir, PUF, Que sais-je ? n° 478.